L'enlèvement des cloches des églises du Sedanais

Publié le par Société d'histoire et d'archéologie du Sedanais

Morceaux des cloches de Sedan détruites à l'automne 1917, coll. Société d'histoire et d'archéologie du SedanaisMorceaux des cloches de Sedan détruites à l'automne 1917, coll. Société d'histoire et d'archéologie du SedanaisMorceaux des cloches de Sedan détruites à l'automne 1917, coll. Société d'histoire et d'archéologie du Sedanais

Morceaux des cloches de Sedan détruites à l'automne 1917, coll. Société d'histoire et d'archéologie du Sedanais

Dès la fin de l’année 1914, un blocus est imposé à l’Allemagne par la Navy britannique. De ce fait, très rapidement les Allemands se trouvent en difficultés pour rassembler les denrées nécessaires à sa population, et les matières premières que nécessite une économie en guerre.
L’effet sur les territoires occupés se manifeste par des réquisitions qui de plus en plus n’ont pas pour objectif de répondre à des besoins temporaires locaux, mais à la recherche des matières premières.

La recherche des métaux est particulièrement accrue et nombre de statues en bronze vont disparaître des territoires occupés, tel le chevalier Bayard à Mézières, ou le monument de 1870 à          Charleville.

Cette recherche des métaux va pousser l’occupant à démonter aussi quasiment l’ensemble des cloches des églises. Ainsi à Sedan, elles disparaissent à l’automne 1917 :

Rigobert Faÿ note dans son journal au 12 juin 1917 : « Les cloches de l’horloge de la mairie ont été enlevées aujourd’hui. » (R. Faÿ, Sedan, prison sans barreaux, Charleville-Mézières, SOPAIC, 1997).

Germaine Paruit écrit au 14 juin 1917 : « De 7 heures à 9 heures du matin, les Boches enlèvent les cloches de la fabrique BACOT. Les trois plus petites, ils les descendent à la main, la grosse, d’au moins 60 à 70 cm de hauteur étant si lourde que deux hommes pouvaient à peine la faire remuer, ils la lancent du haut du toit dans la cour. […] Ça fait une drôle d’impression de voir cette grosse cloche tourbillonner en l’air et se briser en mille morceaux sur le pavé avec un grand fracas. […] Nous avons ramassé des morceaux de la cloche en se cachant car c’était défendu.» Au 1er octobre 1917 elle note : « Ils cassent les grosses cloches de l’église [Saint Charles]. Il paraît que la plus grosse pesait 2500 kg.» Et au 4 octobre 1917 : « Ils continuent à casser les cloches. Ils lancent les morceaux du haut du clocher.» (G. Pasquier-Paruit, 14 ans en 1914… le journal de guerre d’une adolescente emportée par son siècle, http://14ansen1914.wordpress.com).

Jean-Marie Mabillon signale que les cloches du temple ont été enlevées en octobre 1917.               (J-M. Mabillon, 1914-1918, Sedan ville allemande, à travers la carte postale, Euromédia, 2010, p. 34).

Yves Congar écrit au samedi 6 octobre 1917 : « Jeudi, Pierre et Robert ont chargé les cloches de         Sedan, on les a jetées par les fenêtres du clocher, elles ont fait un grand trou dans le pavé ; aujourd’hui c’est le tour de celles du Temple. » Et au mercredi 10 octobre 1917 : « Les grands chargent les cloches de Torcy. » (Y. Congar, Journal de la guerre 1914-1918, p. 177).
Note n°26 de l’article "Les souvenirs d’André Paul pendant l’occupation de Sedan (1914-1918)" In "Le Pays Sedanais", Tome 30, 2012.

Comme l’indique Germaine Paruit, des fragments de ces cloches sont subtilisés à l’occupant. Plusieurs d’entre eux sont parvenus jusqu’à nous, comme ces quelques morceaux d’une des cloches de l’église Saint Charles qui sont aujourd’hui conservés dans les collections de la SHAS, tout comme un morceau de la cloche de l’église de Balan, ou encore de celle de Donchery, qui elle fut retrouvée dans les décombres de l’église incendiée en août 1914.

Ces « reliques » témoignent aujourd’hui de ces heures sombres où disparaîtront tant d’objets culturels collectifs, tuyaux d’orgues, instruments de musique, etc., mais aussi personnels comme en témoigne le docteur Lapierre : « Tout ce qui embellissait nos demeures, tous les souvenirs de famille, les œuvres d’art péniblement amassées, tout passa par les mains de ces forbans, pour prendre le chemin de l’Allemagne […] » (Docteur A. Lapierre, Les Allemands à Sedan, 1914-1918, éd. Charles     Ruben, Charleville, 1920).

Sébastien HAGUETTE
Président de la Société d'Histoire et d'Archéologie du Sedanais
(SHAS)

Publié dans 1917, SHAS, Monument

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