(Dés-)Informations du 25 août 1914

Publié le par Musée municipal de Sedan

Journal Le Matin, 25 août 1914, N°INV 85-7-92, collection Musée municipal de Sedan © KL / Musée municipal / Ville de Sedan

Journal Le Matin, 25 août 1914, N°INV 85-7-92, collection Musée municipal de Sedan © KL / Musée municipal / Ville de Sedan

Un des plus grands quotidiens français, tiré à plus d'un million d'exemplaires, Le Matin, informe ses lecteurs des derniers communiqués du gouvernement le 25 août 1914. La désinformation, la propagande, la censure sont des disciplines quotidiennes et stratégiques en période de guerre.

Le décalage entre l'information officielle et la réalité des combats est ici flagrant, alors que les pertes subies ces derniers jours d'août 1914 sont les plus importants de toute l'histoire de l'armée française. Dans ce journal, la carte présentée en illustration, le retard dans le temps des événements, les contradictions dans les déclarations qui sont difficiles à comprendre, et même une interrogation sur l'optimisme du communiqué, illustrent bien le rôle de la presse dans la communication en période de guerre. En effet, pour rassurer l'opinion française, les communiqués du gouvernement utilisent tout au long de la guerre un vocabulaire de propagande spécifique.

Sur la carte par exemple, Sedan est loin de l'armée allemande, encore en Belgique, et qui n'a pas dépassé la frontière française. On sait que le dépassement de frontière a un effet psychologique désastreux, donc on illustre le théâtre des opérations hors du territoire. Le contour des lignes de front et des mouvements de troupes est très vague, « l'action défensive » devient une offensive.

Les flèches de la carte, se lançant frontalement contre le mur des lignes allemandes, cachent en fait le repli de l'armée française face à l'invasion. Cependant dans l'article, on rappelle que les Français vont au secours des Belges et qu'ils profitent de la lenteur des Allemands à s'organiser pour attaquer, en quelque sorte sans le vouloir. D'ailleurs, le communiqué officiel parle « d'obligation morale de prendre cette offensive que le commandement ne dessinait pas ».

Mais malgré une attaque (qui n'en est pas une) officiellement réussie, la « surprise sanglante » et les pertes importantes subies par l'ennemi, « nos armées se replacent pour un temps sur la défensive ». En effet, les troupes françaises reculent, et les combats sur Sedan, Noyers et la Marfée ont lieu du 25 au 28 août 1914.

Les termes tels que "bravoure", "héroïsme", "sacrifice" des soldats consolent des pertes humaines, d'autant plus qu'on insiste sur le fait que l'ennemi a autant perdu, voire plus que nous. On rassure également sur le front de l'Est et "l’irrésistible élan" des troupes russes. On souligne « les mensonges que Berlin continue de publier pour masquer toutes ces mésaventures ».

L'explication est sans doute le retard (voulu) de la transmission des (vraies-fausses) informations aux journalistes et le patriotisme renforcée par l'Union sacrée du gouvernement... Mais il révèle surtout la défaite de l'armée française à tenir l'offensive allemande. D'autant plus qu'il ne faut pas miner le moral des Français qui apprendront plus tard à s'informer des derniers événements par d'autres canaux.

Publié dans 1914, Presse, Musée Sedan

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